On parle beaucoup de maternage, parfois on préfère dire parentage pour inclure le père, mais jamais on ne parle de paternage. Comme si le père, seul, n'avait pas un rôle déterminant sur son enfant. Est-ce que, dans l'inconscient collectif, on pense que c'est seulement le rôle de la mère de s'occuper de son enfant, et accessoirement le père aussi, mais uniquement aux côtés de la mère...?
En tout cas, pour le co-sleeping, j'ai remarqué plusieurs choses assez incroyables à propos de la place du père.
Personnellement, je n'arrive pas à endormir ma fille autrement qu'au sein. Enfin, pour être plus claire, je n'essaie jamais autrement. Elle cherche après, et c'est souvent radical: vive les hormones de l'allaitement qui font dormir mieux que les somnifères! Je n'ai jamais si bien dormi de ma vie que depuis que j'allaite, et ma fille s'endort généralement très rapidement quand je l'allaite au lit. Et ça lui évite aussi de s'éveiller pendant la nuit; ça lui permet de passer d'une phase complète de sommeil à une autre, avec un intermède-tétée qui fait la liaison en douceur, sans pleurs.
J'en vois déjà qui vont crier "mais t'as pas peur de devenir esclave et qu'elle n'arrive JAMAIS (jamais de la vie, vous entendez bien?) à s'endormir seule?"
Moi, ma préoccupation, c'était surtout de savoir si, en mon absence, elle arriverait à bien dormir quand même. En fait, je m'en préoccupais, mais tout en me disant que ça se passerait certainement différemment, puisqu'elle n'aurait pas mon odeur maternelle à côté d'elle.
Et, effectivement, elle se comporte absolument différemment avec son papa. Je n'en revenais pas (tout en trouvant que, après tout, si, c'est normal) qu'ils fassent la grasse matinée à deux jusque souvent 11h passées... Plusieurs fois même, en rentrant du travail à 13h45, je les trouvais à peine réveillés! C'est grâce à cela que je peux affirmer qu'elle n'a pas faim la nuit. Elle ne tète donc pas parce qu'elle a l'estomac vide. Je le signale parce que beaucoup auraient tendance à me plaindre que ma fille "ne fasse pas encore ses nuits toute seule" et seraient prêts à me suggérer de l'empiffrer de nourriture le soir pour qu'elle dorme toute seule des heures et des heures d'affilée.
Fausse solution parce que: 1) J'adore dormir avec ma fille, donc je ne vois pas de raison valable de tester la capacité de contenance de son estomac sous prétexte de l'envoyer pour une nuit de sommeil non-stop (vous ne vous réveillez pas la nuit vous? Physiologiquement, c'est normal de se réveiller... on fait plusieurs cycles de sommeil de 2-3 heures chacun) 2) Le "problème" (qui n'en est pas un selon mon point de vue) qu'elle se réveille une ou deux fois par nuit, c'est juste de devoir se rendormir, en étant rassurée. Et pour être rassurée, elle a besoin soit de sa maman, soit de son papa.
Avec maman, c'est la tétée qui joue la fonction câlin rassurant.
Et avec papa, c'est quoi? La barbe!!!
Et oui, elle se rendort paisiblement en jouant avec le menton mal rasé de son père! Elle met son nez sous ses aisselles et tripote ses poils de barbe...! Bah oui, c'est ça un papa, alors elle se sent bien dans ses bras virils de père.
J'en conclus donc avec d'autant plus de force qu'un bébé a besoin de sentir la présence rassurante de ses parents. Que ce soit en tétant ou en trifouillant le visage, ou simplement en sentant l'odeur parentale. C'est magique, ça endort dans des conditions optimales, ça rassure, et ça permet de se réveiller heureux.
Puisque je parle de la place du père, je signale entre parenthèse que mon mari a dormi avec ses parents jusque ses 7 ans il me semble, puis alternativement avec son frère aîné et sa petite sœur (eh oui, le co-sleeping, ce n'est pas qu'avec les parents! ça peut aussi être avec les frères et sœurs!). Pourtant, les chambres et les lits ne manquaient pas à la maison. Il n'est donc pas opposé au co-dodo puisque pour lui, c'est normal culturellement, il n'y a pas tous les tabous et les préjugés qu'on a ici.
Et puisqu'on parle de tabou et de préjugé, en voilà un...:
Je vais prendre la parole au nom de tous les parents qui partagent le sommeil de leur enfant, et qui en ont marre de s'entendre dire que ça empêche la vie de couple. On en a raz-le-bol que les détracteurs du co-dodo prétendent que ça inhibe l'intimité. On en a assez de tous ces gens qui voient le lit nocturne comme le temple de la sexualité, comme si les nuits complètes y étaient consacrées, et qu'en plus, le le lit était un élément indispensable. Sachez, mesdames et messieurs, que la nuit est avant tout faite pour dormir (calculez le pourcentage de temps qui y est consacré au sommeil si vous ne me croyez pas). Qu'une journée est faite de 24 heures durant lesquelles on peut trouver un tas d'autres occasions. Et qu'aucune loi n'oblige à se limiter au matelas et aux draps.
Ceci étant dit, j'espère qu'on arrêtera de prendre les parents qui co-dodotent pour des grévistes forcés. Si la naissance d'un enfant interfère forcément avec le couple, en diminuant la spontanéité, ce n'est en tout cas pas le cododo qui amplifie le phénomène!
Voilà, je tenais à le dire, car c'est le préjugé-tabou qui a vraiment le plus la vie dure concernant le co-sleeping!




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